Le rétablissement ne signifie pas nécessairement la disparition des symptômes. Il correspond aussi à la possibilité de reprendre du pouvoir sur sa vie, de retrouver des choix, de poursuivre des projets et de maintenir des liens sociaux.
L’évaluation des politiques publiques ne peut donc pas se limiter au nombre de consultations, d’hospitalisations ou d’interventions réalisées. Elle doit aussi examiner les effets concrets sur la vie des personnes : accès aux droits, logement, continuité des soins, qualité des relations et capacité à avancer vers les objectifs qu’elles se sont fixés.
Cette évaluation devrait également mieux prendre en compte l’expérience de la sécurité. La personne s’est-elle sentie écoutée et protégée ? A-t-elle compris les décisions prises ? A-t-elle pu exprimer ses préférences et conserver autant que possible son pouvoir d’agir ? Les alertes ont-elles été suivies d’une réponse adaptée ?
Il faut, en parallèle, s’intéresser aux conditions dans lesquelles les intervenants exercent leurs missions. Ont-ils reçu une formation adaptée ? Disposent-ils de procédures claires, d’un soutien de leur hiérarchie et de relais sanitaires ou sociaux accessibles ? Les équipes peuvent-elles partager leurs difficultés et tirer des enseignements des interventions ?
Enfin, il importe de mesurer les ruptures de parcours évitées, les orientations restées sans réponse, les hospitalisations qui auraient pu être évitées et les conditions d’une meilleure continuité de l’accompagnement.
Une politique de santé mentale fonctionne lorsqu’elle améliore concrètement la vie des personnes tout en donnant aux professionnels les moyens d’intervenir dans des conditions adaptées. La sécurité ne se réduit alors ni à l’absence d’incident ni au contrôle d’une situation : elle se mesure aussi à la confiance, au respect des droits, à la qualité des réponses et à la capacité collective de prévenir les crises.